Novembre  »25 – Claus, Aurores & Juillet

L’Exalté

Littérature, Art, Pensées et Actualités
des âmes passionnées


A marcher sans ordre, on finit par s’égarer.
Mais c’est à avancer sans conviction, qu’on finit par se perdre.

Actualités

Saisissante Science !

Fureur solaire ! La couleur comme cri !

Parmi les chanceuses de notre lectrices et chanceux de nos lecteurs, ils en est certainement quelques-unes ou quelques-uns qui auront eu l’occasion d’observer les cieux se parer de milles sublimes lueurs dans la matinée du 12e jour de ce mois de novembre 2025. Ce spectacle hypnotisant par ses lueurs suscitant de biens vifs émois chez les âmes les plus sensibles et gracieuses, a pour origine une réalité physique, cosmique, tout aussi transportantes. C’est en effet dans le Soleil et ses épisodes de fureurs, d’emportements, que se trouvent les origines de notre festival de lumières célestes. Le soleil est entré en phase hyperactive dans les journées précédents l’observation de nos aurores.

Mais alors, quel est le lien entre le Soleil et ses colères et les délicates lueurs que nous observons depuis notre délicate et précieuse Terre ?

Tempêtes et tâches solaires

Vous l’ignorez peut-être, mais le Soleil possède également une atmosphère ! Si nous ne nous étendrons pas ici sur sa description particulièrement complexe (cf. Atmosphère solaire), nous vous apprendrons cependant afin d’étayer notre propos, qu’un flots de particules chargées (des électrons, des atomes chargés positivement, …) s’en échappe en permanence, portées par son champ magnétique: le « vent solaire ».

Régie par des phénomènes nucléaire, de physique des plasmas, l’activité du Soleil évolue périodiquement au fil du temps, selon des cycles qui sont typiquement d’une durée de 11,2ans. La « surface » du Soleil n’est d’ailleurs pas aussi parfaitement homogène qu’on l’observe à l’oeil nu (RAPPEL!!!: NE REGARDEZ JAMAIS LE SOLEIL SANS PROTECTIONS SPECIALEMENT CONCUES !!!) et il présente en réalité des zones plus sombres et plus froides que les autres: les taches solaires. Elles sont supposées provoquées par des phénomènes liés à la rotation du Soleil, à son champ magnétique, … tous expliquant une réduction de la convection interne (rappel: convection = mouvement causé par des différences de température entre deux zones de l’espace, on l’observe parfois créer des turbulences au-dessus des radiateurs en hiver). Dans ces zones ombragées, le champ magnétique du Soleil présente une plus grande intensité et il est possible qu’un phénomène dit de « reconnexion magnétique » survienne entre deux zones de concentration de taches solaires (en des terme plus simples, le « chemin » décrit par le champ magnétique du Soleil se recourbe brutalement sur lui-même et revient vers le Soleil sur une distance bien moindre que dans la situation normale où les lignes s’étendent vastement dans l’espace autour du Soleil).

Particules, champ magnétique, radiations et atomes

Une partie des émissions de particules chargées du Soleil parviennent à rentrer dans le champ magnétique de la Terre (elles franchissent le bouclier) et atteignent l’atmosphère.
Source : https://spaceplace.nasa.gov/aurora/en/sun4.en.png

Les particules chargées éjectées par le Soleil (comme lors des journées précédents le 12 novembre 2025), traversent l’espace en décrivant des jets, jusqu’à atteindre le propre champ magnétique de notre Terre. En rentrant dans notre atmosphère au fil de leur parcours, elles vont pouvoir entrer en collision avec les atomes et molécules qui la composent et leur apporter une énergie supplémentaire par rapport à leur état normal. Cet excès d’énergie sera ensuite relâché par irradiation par les molécules et les atomes sous la forme de nouveaux photons (rappelle: « particules de lumière »), qui pourront être observés jusqu’au niveau du sol: donnant lieu aux sublimes aurores !

Source: https://science.nasa.gov/sun/auroras/
O rouge, N bleu, O vert, N rose…

Les différentes couleurs observées pendant les aurores, dépendent de la nature des atomes ou molécules qui les émettent et également de leur altitude ! Pour comprendre ceci, il faut se rappeler de la relation entre énergie et ce qu’on nomme la fréquence (le nombre de fois qu’une onde « se répète » pendant un délai donné). Plus l’énergie est élevée, plus la fréquence est élevée ! De même, pour les ondes visibles (par notre oeil): plus la fréquence est élevée, plus on ira vers le violet, à l’inverse plus elle est basse, plus on ira vers le rouge !

La couleur de la lumière dépend de la fréquence de l’onde associée. Plus cette onde est rapide à se répéter, plus la couleur ira vers le bleu et le violet. A l’inverse, plus elle sera lente à se répéter, plus la couleur observée ira vers le rouge.


En règle générale, ce sont les particules de plus haute énergie qui descendront le plus bas dans notre atmosphère (le concept précis derrière est complexe et relève de la mécanique quantique, la lectrice/le lecteur pourra se renseigner sur la formule de Bethe-Bloch pour l’explication). Ainsi, une molécule de dioxygène (O2) émettra une lueur rouge au-dessus de 190km d’altitude. Les molécules de diazote (N2) produisent une lumière bleue lorsqu’elles sont percutées à une altitude de 160km, mais elles émettent une belle lueur rose en-dessous des 100miles. Pour les curieuses et curieux, on pensera à consulter des ouvrages sur les transitions atomiques/moléculaires et les émissions optiques associées (tels que Brandsen – Joachain).

La couleur observée des aurores boréales dépend de l’altitude de la couche d’air affectée et des atomes percutés par les particules émises par le soleil.
Source: https://science.nasa.gov/sun/auroras/

Soyez toutefois rassuré.e.s, il n’est rien ou peu à craindre de ce phénomène pour la vie terrestre (exceptée l’extase dans laquelle nous plongent les spectacles célestes associés). CEPENDANT ! Dans des cas encore plus extrêmes d’émissions de masse coronale par le Soleil, il est déjà survenu de graves accidents, comme des fontes de transformateurs électriques, des électrocutions de télégraphistes, des appareils volants qui ont été perturbés, des circuits électriques ravagés, … Un tel scénario d’éruption solaire portée à son paroxysme cataclysmique est traité dans le film de science-fiction (… « moyen »…) Prédictions (2009, Proyas ; Nicolas Cage).

Mais dans le contexte scientifique, le cas le plus marquant jamais observé (et absolument marginal jusqu’à ce jour), remonte à 1859 et porte le nom d’Evènement de Carrington. Lors de ces quelques journées de la fin d’Août, on alla jusqu’à recenser des télégraphistes frappés de chocs électriques, des aurores polaires sous les tropiques, ou des incendies de stations télégraphiques !

Pour raffiner vos connaissances sur le sujets des aurores boréales et des comportements et colères du Soleil, de leur impact sur l’environnement spatial de la Terre, vous serez bien avisé.e de vous intéresser à l’excellent ouvrage « L’environnement spatial de la Terre » ou encore « Les colères du Soleil », tous deux rédigés par la Pr. Viviane Pierard (que votre rédacteur a eu l’honneur d’avoir comme professeure pour un cours de physique solaire !), spécialiste reconnue de la physique solaire et de son impact sur l’environnement terrestre. Cette courte rubrique constitue, en quelques sortes, un hommage à une enseignante marquante.

Sources:

Economie

Action de Série A

Récemment découvertes par notre rédaction lors d’un petit-déjeuner du secteur français des startups technologiques, les actions qualifiées de « Série A » sont une classe d’actif financier relativement peu populaire en-dehors des milieux initiés. Pourtant, elles représentent une étape cruciale, pratiquement une pierre angulaire dans la vie de toute entreprise (et plus particulièrement lors des débuts de leur croissance). Tâchons de les démystifier !

Le cycle de vie des startups

Les premières années de vie d’une entreprise peuvent, non sans risquer d’impérieuses simplifications, comme suit:

  • Pre-seed: L’idée de l’entreprise est émise, le modèle économique et de rentabilité ne sont pas encore statués et les premiers fonds sollicités n’ont pas pour vocation particulière d’offrir de résultat concret. Les financements émergent généralement de privés à capital élevé (ou très enthousiastes), qualifiés de « Business angles ». Le capital de la société se situe généralement entre 0 et 100 000€, dont la vocation totale est de nourrir le projet et son développement (aucune rentabilité). Le risque pour l’investisseur est absolu.
  • Seed: l’idée est concrétisée, un premier prototype viable est probablement déjà proposé. L’apport en capital sert à développer et concrétiser le projet, conclure les premiers contrats, … Le potentiel du projet devient palpable.
  • Série A : En cas de succès de la phase de seed, signifiée par un intérêt croissant du public et l’accumulation de clients, une nouvelle levée de fonds peut être réalisée et des premières actions, dites « Actions de Série A » peuvent être émises. Celles-ci ne sont pas cotées sur les places publiques (nldr: on ne peut pas les échanger via la bourse, comme le Bel20 ou le CAC40). Les capitaux proviennent de fonds privés ou publics, d’investisseurs individuels (généralement mutualisés derrière une société de holding, comme c’est le cas des éco-holdings Team for The Planet ou Keenest). Le capital a toujours vocation de nourrir le projet, mais il sert ici à sa concrétisation (prototype de niveau industriels, tests en conditions réelles, …) et à la transition de relation client vers relation de marché. Le risque reste concret pour l’investisseur, mais la promesse est crédibilisée et la couverture légale se renforce (via des mécanismes tels que les remboursements, la contre-partie en nouvelles actions ou la dette).
  • Scale-up: De nouvelles levées de fonds peuvent ensuite être effectuées, pour consolider et accélérer le développement du projet. On parlera d’actions de Séries B et C. Le risque commence à se stabiliser.
  • La sortie:
    • Acquisition (ou merge) : la société parvient à séduire une entreprise ou un fonds d’investissement (public ou privé) et celle/celui-ci conclut un accord pour le rachat de l’ancienne start-up. Les actionnaires se voient alors payés directement en liquidité (€, $, …) ou voient leurs actions converties dans celles de l’acquisitrice.
    • IPO (Initial Public Offering): le projet est désormais validé et quantitativement viable ! Les parts (actions) qui constituent son capital peuvent donc désormais s’échanger sur les place de bourse publiques. Notons cependant que « grosse société » =/= « société public » et que la cotation publique d’une entreprise n’est jamais un acte irréversible. Un rachat des actions publiques par des candidats internes (par la société elle-même ou ses propriétaires) ou externes (fonds, investisseurs individuels (n.b. : richissimes), entraine une cessation de la cotation publique. On pensera ainsi au cas d’OpenAI (ChatGPT) qui n’a pas encore effectué son IPO malgré une valorisation de 500milliards d’USD, ou encore à X (ex-Twitter) rachetée par le très discutable magnat Musk en octobre 2022.
Etapes de vie d’une startup, Basel Area & Business Innovation

Investissement de conviction VS spéculation boursière

Comme nous l’avons présenté précédemment à nos lecteurs, les actions émises (et autres titres de détention de capital) lors des premières phases de vie d’une entreprise représentent, certes, un risque nettement majoré et un potentiel de bénéfice plus important à terme (lors de la phase de sortie).
Mais ce que nous estimons capital (pardonnez-nous le jeu de mots !) de souligner ici, c’est qu’à l’inverse d’un placement purement boursier, essentiellement spéculatif, l’investissement au sein d’une entreprise naissante relève bien plus de la conviction que de la pure cupidité.
Si il est finalement peu impactant d’apporter son argent au capital d’une société colossale, déjà bien établie, ce n’est pas la même mécanique qui régit le placement dans une startup. Dans ce second cas, il s’agit de choisir de prendre un risque majoré (voir maximal) afin d’assister la compagnie à porter son projet. Il devient dès lors plus envisageable et raisonnable d’apporter une assistance financière, en particulier dans le cadre de projets à vocation environnementale (les « Green tech » par exemple, ou les coopératives à vocation de transition) ou sociale (il existe des coopératives d’assistance sociale, purement destinée au développement humain, qui sollicitent des levées de fonds !), certaines plateformes en faisant d’ailleurs une spécialité comme la franco-belge Lita.co.

Il nous semble néanmoins bon de rappeler à nos lectrices et lecteurs, qu’une telle logique ne tient l’office de « meilleure opportunité » que dans un contexte capitaliste, dont nous reconnaissons volontiers l’aspect contestable de sa nature profonde. Considérant celui-ci, les entreprises naissantes tiennent un rôle d’espoir et de transformation, voir dans certains cas : de transition !

Nous en profitons pour rappeler que notre colonne n’a pas pour but final d’inciter, mais bien d’expliquer, démystifier et d’éclairer les choix de chacune et chacun dans un contexte aux propensions délétères accentuées par son obscurantisme.


Arts

Emile Claus – Synchrétique synthèse des impressions

Emile Claus était un peintre belge, né en 1849 à Sint-Eloois-Vijve (Flandre-Occid., BE) et décédé en 1924 à Astene (Flandre-Occid., BE). Il est considéré comme le principal instigateur, ou même le père du courant Luministe belge (ndlr: à ne pas confondre avec le Luminism américain).

[Emile Claus, autoportrait, ~1877, MSK Gent]

Naissance & Formation – Les années anversoises

Emile Claus voit le jour le 27/09/1849 à Sint-Eloois-Vijve, à côté de Waregem, en Flandre, Belgique. Son père est un épicier modeste. Emile est le benjamin d’une fratrie de 4 enfants. Les premières années de sa vie seront rythmées par le tumulte et l’incertitude des petits boulots. Il est tour à tour cultivateur de lin (on y reviendra, vous verrez !), garçon boulanger (à Lille, en France !) ou encore assistant dans l’épicerie familiale.

Il rejoint l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers en 1869, sous recommandation du collectionneur et philantrope Felix De Ruyck, mécène de l’école de dessin de Waregem où il étudie dès 1865. Il y apprend l’art académique, inscrit dans la plus pure tradition de l’Art Flamand, qui influencera grandement les débuts de son oeuvre (cf. les « Portraits de famille » de 1872). Il y peint dans un style sombre et sobre, rigoureusement cadré par l’utilisation intensive de la ligne. Pour gagner sa vie, il exerce comme assistant dans l’atelier de Nicaise De Keyser, le directeur de l’Académie et donne également des cours privés aux enfants des riches familles anversoises. C’est en 1874 qu’il sortira médaillé de vermeille de ses études, soit 2e meilleur élève de toute l’Académie ! Surprenamment, la relation avec son maître souffrira d’une brutale dégradation. Il est supposé que celle-ci fût causée par l’inconstance de Clause: si il se laisse initialement convaincre par son mentor de se présenter aux concours du Prix de Rome, il finira fipar acter sa rupture avec l’Art académique (mais pas avec De Keyser pour autant, sans doute par intérêt), qu’il juge « trop romain et grec » et rejettera finalement l’offre de son mentor.

La première consécration viendra lors de l’exposition de Noël du Cercle d’artistes anversois. Si on lui reconnait volontiers un talent certain, on lui reproche en revanche d’être un artiste à vocation mercantile. Son art, évolue lentement et on le rapproche du tantôt du Réalisme, tantôt d’un certain Romantisme. Il peint la vie de la ville, les scènes des salons de la bourgeoisie et des maisons cossues, cille « Deux amis punis », ce qui lui vaut d’intégrer la vie bourgeoise anversoise et d’être lentement pris affection des salons d’exposition. Un miracle survient alors au salon de Bruxelles de 1876, propulsant la notoriété du jeune Emile vers de premiers sommets, puisque le tableau est gagné à la loterie par nulle autre personne que le Roi Leopold II lui-même ! Les années suivantes, la notoriété s’accroissant encore, il conclura une série d’autres ventes. Si il glisse franchement vers des représentations à vocation plus sociales ( « Richesse et pauvreté » en est l’exemple le moins contestable), le public ne la perçoit initialement pas et juge son tableau agréable car éloigné de ce « réalisme rebutant et trop critique », pourtant, les milieux conservateurs le catégorisent déjà comme peintre subversif.

Cette époque, fondatrice pour le devenir du jeune Emile et la construction de sa notoriété, ne laisse cependant encore rien présager de toute l’exaltation, tout le lyrisme, tout l’onirisme, qui viendront plus tard…

D’Anvers à Astene, en passant par l’Algérie

De décembre 1878 à mai 1879, Emile Claus entreprend un voyage en Algérie, sur proposition (et accompagné) du rentier et artiste Jules Guiette. Il en reviendra avec une série de toiles aux accents particulièrement romantiques, par leurs sujets (la Nature fait son entrée dans l’oeuvre du peintre), par leurs façons d’utiliser les lumières pour générer des ambiances parfois feutrées, parfois transcendantes, des scénettes vaguement religieuses (voir « Paysage à Tlemcen« ). Plus que tout, il rapporte dans ses bagages un nouveau sentiment très profond, une nouvelle perception: celle de la Réalité dans toute sa fugacité, de l’instant qui transporte l’âme vers des contrées frôlant le firmament au détour d’un arbre, sous l’éclat d’un soir d’automne ou d’un zénith d’été. Sans forcément s’en rendre compte, Claus fait l’expérience de ce que portent ses confrères impressionnistes: celle de la Réalité qui subjugue, qui marque l’esprit autant que la vue et capte l’instant qui lui-même captive.

Dans les années qui suivront, la rupture avec le Réalisme s’impose. Sa dernière toile marquante à s’insérer dans ce courant n’est autre que « Le combat de coqs », représentation d’une scène d’une commune banalité dans les campagnes à l’époque. C’est l’expérience de l’ambiance du cabaret campagnard, sombres, offrant des divertissements cruels où se regroupent notables locaux endimanchés et ouvriers usés par leur existence dans une ambiance des plus désinvoltes.

En 1882, Emile fera l’une des découvertes les plus marquantes de sa vie et sans doute la plus importante de son existence: un pavillon qui deviendra sa future « Villa zoneschijn » (en 1889, quand il s’y installera définitivement après y avoir maintes fois séjourné) dans le modeste village d’Astene (Flandre Orientale, BE). Le village est parcouru par la Lys, cette rivière qui guidera désormais la quasi-totalité de l’oeuvre d’Emile Claus. Son travail transite désormais franchement vers l’Impressionnisme. Il s’inspirera de Monet, de Pissarro, un brin d’Alfred Sisley ou encore de Henri Moret. Il rencontrera également indéniablement celui de l’Intimisme d’Henri Lesidaner (un de ses proches amis). Les scènes deviennent celles de la vie rurale et dépeignent son caractère éprouvant mais aussi singulièrement plein d’Humanité (« La récolte du lin« ). Le décor (ou le sujet!) deviennent les rives de la Lys, quand cette dernière ne prend tout bonnement la place du sujet (« L’inondation« , « Les ormes le long du canal« ). Finie les teintes modérées, ternies, la dominance des gris et bruns et place à l’éclat et l’omniprésence des verts, des bleus, des jaunes, des roses et violets ! La lumière n’est plus un jeu d’ombres académique, mais le plein et ardant éclat du zénith (« La faneuse », « Matinée de Septembre »). La touche se brise également de plus en plus, les couleurs se fractionnent et deviennent des superpositions à la place des fondus académiques, la composition se fait plus spontanée, mais le dessin garde en précision et en finesse, en particulier pour les sujets des tableaux que l’artiste désire toujours profondément mettre en avant. Ainsi, ne montre-t-il pas simplement des villageois, mais cherche-t-il à exploiter l’aspect « supérieur » de ses paysages et leurs couleurs pour souligner les paysans, pour narrer un conte (« La procession est là« ).

« La villa », elle, se fait une expérience de vie à part entière, comme le rapporterons ses nombreux amis régulièrement invités, qualifiant le jardin tenu en bonne forme par son épouse, Charlotte Dufaux (« Portrait de Charlotte Du Faux en robe de mariée ») qu’il avait épousée en 1886. Emile représentera maintes des fleurs qui l’embaument de leurs nombreuses fragrances, ainsi peut-on « sentir le tableau » représentant « Les hortensias ». Mais ce jardin, est également et toujours l’occasion de démontrer son attention envers les gens, envers leur vie et « Le vieux jardinier » en est sans aucun doute le plus criant exemple. Ce tableau, constitue d’ailleurs la transition la plus importante de la vie d’Emile Claus, puisque c’est son jeu de lumière si savant et si précis qui vaudra l’introduction du nom « Luminisme » dans la Presse.

La « Villa zonneschijn » d’Emile Claus, sur l’Avenue Emile Claus à Astene, BE.



C’est également au cours de cette période qu’il accueillera ses premières élèves Jenny Montigny (cf. Portrait) et Anna De Weert (cf. Portrait) et avec qui il nourrira une affection et admiration mutuelle. Cette dernière sera d’ailleurs à l’origine de plusieurs hommages posthumes à Emile Claus.

La grande synthèse des courants – Claus le syncrétique

Bien que quittant la ville au profit des campagnes, ses sujets préservent ses aspirations à représenter le monde et ses réalités, celles des bourgeois des campagnes certes, mais plus particulièrement et affectueusement celles des moins nantis, des paysans et des servants. Il ne sombre pourtant jamais dans l’apitoiement, ni la morosité et là où ses tableaux. Finis les portraits en costume et les scènes de cabaret, place aux travaux des champs et de la pêche, aux bourgades champêtres et aux vastes prairies.

Et cette synthèse se traduit également dans son style et sa technique. Ainsi, si comme nous l’avons vu, Claus était franchement réaliste et influencé par l’Art Flamand à ses débuts, il délaisse petit à petit les teintes ombragées et « boueuses », ainsi que les techniques académiques de fondus, leur préférant une touche fractionnée, jamais franchement énergique (on y trouvera par exemple peu ou pas d’assimilation à Berthe Morisot). Sa composition évolue également. Moins rigoureuse, plus spontanée et « naturelle » (au mieux, elle sert à mettre le sujet en exergue), les lignes subsistent mais adoptent un agencement moins mathématique, moins architectural. Les nuances s’entremêlent en d’éclatants entrelacs, suivant rigoureusement la Théorie de la Couleur pour se magnifier entre elles. Les personnages, en revanches, restent choyés d’un soucis du détails et de vérité des teintes, dans une attitude franchement réaliste. Claus ne devient donc pas un complet impressionniste (ndlr: il n’aurait su l’être, puisque ce terme ne désignait que le groupe d’artistes français qui se sont rassemblés au fil de la seconde moitié du XIXe siècle). Alors qu’est-il ? La gazette de… apportera cette réponse en 18… : Emile Claus, est un luministe ! Et le premier d’entre eux et elles !

On pourra tantôt ressentir l’influence de Monet, de Pissarro, mais aussi de Millet, voir de Renoir ou encore Sisley. Les plus fins connaisseurs et fines connaisseuses apercevront quelques similarité avec Henri Lesidaner… Ce qui est parfaitement vrai, les deux artistes ayant été de grands amis !

En expérimentant ainsi audacieusement (tant dans son art que dans sa vie: il prendra notamment la décision précipitée de déménager !) sans cesse et se laissant affecter d’une si profonde empathie tant pour les humains que pour les choses (ndlr: c’est cette même empathie que nous traitions en octobre dans notre sujet sur l’Amour selon Stendhal !), Claus s’est donné en cette transition entre les XIXe et XXe siècle d’opportunités rêvées pour créer. Sortant de l’académisme, s’éloignant des villes pour la campagne flamande (qu’il affectionnera tant), c’est autant à l’Alter qu’aux sensibilités qu’il s’est ouvert et tout ceci s’est intensément traduit dans toute la suite de son oeuvre, véritable croisée des chemins des différents courants passés, en vogue et en devenir.


Avant de poursuivre votre lecture, faites-nous la grâce de prendre quelques instants pour vous laisser traverser et transporter, autant que nous ne le fûmes, par l’art d’Emile Claus (n’hésitez sincèrement pas à consulter la bibliothèque exhaustive de son œuvre pour approfondir votre élévation !). Observez vos sentiments autant que vos sensations, peut-être serez-vous même sujets au même ressenti synesthésique que le nôtre, lorsqu’ en voyant les fleurs, leurs parfums nous embaument ! En contemplant la « Matinée d’été », percevez-vous cette même sensation de mélancolie dans ce regard, apparemment rêveur de la jeune paysanne ? « La récolte du lin », ne vous porte-t-elle point quelques tendres larmes devant cette tendresse, cette sécurité et ce soin familial, malgré l’harassant travail aux champs ? La lumière elle-même, bien qu’intense, ne se montre nullement écrasante, mais au contraire, affectueusement chaleureuse et feutrée. « La procession », vous portera sans nul doute dans les contrées des rêves bucoliques les plus délicats, cette toile n’est plus un tableau, c’est un roman de George Sand ! « Le vieux jardinier », sans apitoyer, transmet sans équivoque aucun la dureté de la vie de l’ouvrier, véritablement écrasé par ce soleil le dardant de ses si intenses éclats ! A regarder son expression, on en entend le soupir grondant de l’homme vivement sollicité (pour ne pas dire « exploité » !) par son patron embourgeoisé. « Les communiantes » fait résonner le son des cloches, le calme silencieux de la procession… Et ne manque évidemment pas de rappeler l’Intimisme de Le Sidaner ! Sentez le vent frais d’automne parcourir « La drêve », caressant délicatement votre visage pendant qu’il fait danser et bruisser les feuillages. Parcourez toutes ces scènes, ces paysages, ces lumineuses communions avec la Vie, avec le Cosmos !

Un rigoureux exalté !

Dans sa personnalité, ce qui caractérise le plus probablement au mieux Emile Claus, c’est son caractère exalté, son expression théâtrale et passionnée, traduite par les gestes expressifs de ses mains ; de même que son intime habitude à se laisser sublimer par la Nature, entité incarnée avec qui il lui arrive régulièrement de communiquer oralement. Ainsi, on rapporte de lui qu’il peint en parlant comme à une bonne amie, la remerciant de ce qu’elle lui transmet, la questionnant sur ce qu’elle tente de lui exprimer. « Mère Nature » le subjugue, autant qu’elle ne peut l’emmener dans les noires profondeurs de l’âme, balloté par les tumultes du doute, par le caractère obsessionnel de ses passions…

« Quelle chance que je vive au milieu de Mère Nature qui vient chaque jour ) ma rencontre avec un rire clair, vrai, sain, qui me fait travailler de plus en plus avec une ardeur insatiable »

Lettre à Pol de mont

 » Il faut toujours dire ça se pourrait, mais ce qui me tracasse le plus, c’est l’inquiétude de la réussite du travail dont je suis occupé. Une fois signé, voilà l’autre toile avec ces milles inquiétudes qui vous guettent. »

Il est également très expressif lorsqu’il s’agit de raconter l’histoire de ses toiles, véritable conteur, se donnant des allures et attitudes d’acteur de théâtre, exploitant intensément ses mains et laissant son accent flamand faire chatoyer son français.

Il était cependant également un artiste particulièrement rigoureux, peignant avec méthode (points de référence de couleur, complétion logique du tableau, préservation des couleurs pures et renouvellement régulier de la palette), listant chaque tableau et son acheteur dans un cahier, expérimentant sur la tenue dans le temps et face aux intempéries des peintures qu’il applique. Il choisi sa palette chez le fabricant belge Jacques Blockx. Il rendra périodiquement visite à ses oeuvres dans les musées, pour évaluer leur état au fil du temps et prendra des notes sur celui-ci.

La Grande Guerre, la fin et le déclin

Novembre rend ce passage plus encore de circonstances (rappelons nous la fin de la première guerre mondiale en 1918, ayant causé le sacrifices de millions d’hommes (et bien plus d’hommes, femmes, enfants parmis les civils), à tarvers le monde) . Pour gérer la Grande Guerre qui arrive subitement sur la Belgique, Emile Claus prend la décision précipitée de fuir en Angletterre pour y trouver une certaine sécurité.

Là bas, totalement inspiré par Claude Monet qui avait lui-même fuit à Londres en 1870, il commence une série de peinture du London Brindge à toutes heures, sous tous effets de lumières, sous toutes couleurs. Il prendra un pli d’imitateur quasi caricatural, mais pas déplaisant pour autant. Voyez-vous-même si après ! :

Revenus de Londres en 1920, sa vue est réduite par son avancée en âge. Il continue cependant à exigéré de peindre nouveaux points de vues. Pour compenser, il accorde à nouveau plus de détails aux effets dramatiques. Il profite des nuages du printemps pour exagérer facile ses effets de lumières et les ombres dans ses tableaux. Malgré quelques restants succès, notamment à la Galerie Giroux de Bruxelles, Claus sombre malheureusement pas à pas dans l’oubli. Une légende (non vérifiée historiquement) raconterait que lors de ses instants finaux, Emile Claus travaillait encore à un pastel de fleurs, le 6juin 1924. Puis soudain, il se serait senti malade. Le médecin, appelé en urgence diagnostique une indigestion. Le d Il octeur resta en observation quelques instants de plus et lorsqu’il s’apprêta finalement à partir, le peintre se plaint de douleurs de poitrines. L’origine du décès fût probablement une crise cardiaque. Ce derniers mots, rapportés par le récit de ses amis proches (présents ou non) furent :

« Bloem ! Bloem! Bloem! ».

Vers la restauration en grâce du « Prince du Luminisme »

Emile Claus suscitera un regain d’intérêt suite à l’exposition de 1974 du Musée des Beaux-Arts de Gand, le ramenant à l’esprit des belges, puis de l’Art international. Les expositions se succèdent depuis, en Belgique bien sûr, mais aussi à l’étranger (jusqu’au Japon !) et les travaux de recherches se multiplient, s’approfondissent et s’accélèrent grâce aux différents processus de numérisation et partage de l’information portés par notre siècle profondément technologique. Claus serait ainsi un prince injustement autrefois oublié, mais désormais en très bonne voie de restauration !

Pour conclure ce tour d’horizon, bien trop bref pour l’oeuvre d’un tel artiste, nous ne pouvons que vous engager à consulter ses travaux (quel que soit le moyen: internet, livres, ou idéalement physiquement). Je vais momentanément changer de personne pour m’exprimer, car il ne s’agit plus tant ici de vous décrire le peintre que de vous faire l’aveu d’un amour des plus profonds pour son art. Emile Claus touche tout ce qui tantôt sommeille, tantôt s’éveille, en moi. Il y a la représentation mirifique de la Nature, au sens entier du terme, dans les couleurs, dans les lueurs, dans les effets donnés par les coups de pinceaux, cette fascinante incarnation onirique du « grand tout ». Cette intensité, si tendrement vive, qui ébahi, fait s’asseoir devant la toile les yeux humectés, le souffle légèrement court, la bouche s’ouvrant légèrement avant de lentement se tordre en un sourire légèrement béat.


Mais il y a également l’experte façon de représenter la vie réelle, l’extase et les sensibilités de l’instant présent, la vie des gens, celle de la ville d’abord, puis des campagnes, dans leurs réalités des plus concrètes mais sans jamais les apitoyer, ou les exagérer. Non. Claus ne se sert pas de la hardiesse des vies pour alimenter des créations qui prendraient des tournures aux accents grotesquement hyperboliques. Claus montre, Claus représente, Claus ne traduit pas, il offre une voix à ceux et celles qu’ils représentent. En un terme, auquel je m’accroche depuis toujours: empathie. Emile Claus était un peintre empathique, à la charnière d’une époque où tant de ses collègues faisaient encore le choix de la tragédie romantique ou de la lamentation réaliste.
S’intéresser à Emile Claus, c’est se laisser guider dans une promenade à travers la Vie (d’une autre époque, certes), c’est se laisser émouvoir par la Nature, par l’Humanité, … pourrais-je presque dire : par le Cosmos ?

Au bénéfice de votre âme, je ne saurai qu’infiniment vous le recommander.

Emile Claus est à découvrir à

Pensées

De ce journal – Chaos, aléas et apaisement

Si la première édition de « L’Exalté » fût tout du long marquée de l’excitation, de l’excès de zèle et de la spontanée logorrhée propre à la naissance de tout projet, celle de ce mois de novembre fût pour moi bien plus troublée. En effet, là où l’absence de clarté était propre à une indéterminée et jouissive première production, véritable coercition émétique caractérisant le mois d’octobre ; c’est porté par bien des égarements et une volonté risquée mais irrépressible d’expérimentation. Ainsi, vous aurez constaté l’unique sujet traité dans la colonne centrale dédiée aux arts, qui n’est autre qu’une tentative de m’initier à une forme de rédaction certes tout aussi inspirée de mes émois profonds, mais alimentée et fondée sur un travail plus approfondi de recherche et d’écriture, instigation de la rigueur nécessaire à la canalisation et la véritable libération de mes transports. Je ne saurais vous dire mon désarroi, voyant le temps brutalement se distordre, ralentissant puis s’accélérant subitement, brûlant tel un torchon de lin noyé d’éther. Aussi, ne me suis-je pas seulement laisser emporter par l’intensité supérieure et inopinée de mon intérêt pour les sujets que je vous dépeins ici, mais également par un renouvellement social, professionnel (en un sens… je n’ai encore guère changé de profession), porté autant sur les opportunités nouvelles (meetings « d’affaires », développement d’outils IA visant à alléger le travail de mes collègues, nouveaux auteurs et nouvelles auteures), que sur la restauration de liens (mon groupes d’amies acquises lors de mes années universitaires, extase de voir un chat se blottir sur mes jambes) ou habitudes (réalisation de calculs sans intérêt, écriture entre chaque chapitre d’un livre, rédaction obsessionnelle de rapports, contemplation hébétées de structures matérielles dans mon environnements, jeux de mots médiocres, …) passées; et également par une inexpliquée mais très concrète volonté de retour à un calme que j’avais égaré il y a des années (nous reviendrons peut-être un jour sur les causes), se traduisant en une réorganisation de mon hygiène de vie (éloignement des agitations propres à notre monde ultra-connecté, aux sources de pensées et question irrésolubles, luminothérapie quotidienne pour lutter contre tout risque d’activation dépression hivernale (ma psychée est profondément sensible à la luminosité, il suffit parfois d’un simple rai pour me plonger dans la plus exagérée des joies), culture sportive de mon corps et dépoussiérages de mon zafu et zabuton).

J’aurais tant plus à vous conter sur ma promenade de ce dernier mois d’automne (à vrai dire, il me vint l’imagerie d’un récit s’établissant sur le crissement des feuilles et où les pas sont autant de bonds entre les rais et tâches de lumière, qui ne trouvera sans doute jamais concrétisation) (je réalise également que je m’égare encore, mais s’égarer, dit-on, est encore la meilleure façon de se retrouver) mais déjà, les lignes commencent à me manquer. Me voilà, publiant cette édition à des lieues de quelques perfections, mais soudainement libéré et prêt à déjà commencer mes travaux pour celle de décembre.

Lectrice, lecteur, nous avons encore tant à parcourir, à explorer, à oser ; vous m’en voyez rêveur, exalté d’un certain amour et ravi ! Qui et quel.le que tu sois, merci.

Eclairés, vraiment ?

Cette réflexion m’a été suggérée par un échange récent et profond avec mon manager professionnel sur différents thèmes, traversant les époques et les sujets, imprégner d’un profond respect et d’une placide composition entre nos (pourtant) divergentes opinions. Ce genre de conversations qui suscite l’élévation du sentiment d’humanité et la paix de l’âme.



Vous arrive-t-il de saisir votre téléphone le matin au saut du lit pour consulter vos messages, d’allumer cette satanée lampe qui vous aveugle brutalement, de faire bouillir de l’eau dans votre percolateur pour faire couler votre café, de sauter dans le dernier train qui puisse vous amener juste à l’heure sur votre lieu de travail, d’y allumer votre ordinateur et consulter vos emails transmis via internet, … Sans doutes pensez-vous que voilà une progression criante et agaçante de banalité ! Et vous auriez raison. Cependant, combien de fois avez-vous été saisi.e de cette question : « Et si tout ceci cessait ? » ? … Vertigineux, n’est-ce pas ? Peut-être est-ce là le motif de notre négligence envers l’électricité ? Peut-être trouve-t-on en ce profond déni un mécanisme consacré à notre survie ?

En effet, commencez à s’inquiéter de la « fin » de l’électricité, n’aurait pour effet que de vous plonger dans la plus profonde des angoisses et probablement dans une singulière forme de psychose. Et il ne s’agit point ici de se focaliser sur les conséquences, dont vous saisissez immédiatement les dramatiques conséquences, mais bien de prendre un instant pour observer toute la faiblesse de cette composante de notre contemporanité. Ne me tenez pas rigueur, de grâce, de ce qu’il me faut prestement vous énumérer ! Ainsi, l’électricité pourrait-elle s’arrêter pour des motifs tels que

  • Une stratégie d’embargo politique de puissances étrangères (cité le cas des crises)
  • Une avarie ou une destruction des capacités de production électriques (par la guerre, la révolution, ou la Nature)
  • Une saisie des moyens de productions (électriques, autant que de l’appareillage) par un groupe à la moralité peu tournée vers l’humain
  • Un évènement solaire (constatez le clin d’oeil !) majeur, provoquant une disruption dans les moyens de transports de l’électricité

et finalement, celui dont nous sommes tous et toutes un peu responsables (constatez toute l’ironie de stocker ces lignes sur un dispositif… électrique), hélas…

  • L’épuisement total des réserves de sources d’énergie et de matières premières destinée aux dispositifs électriques (car même les « énergies vertes » nécessitent des matériaux brutes, présents en quantités limitées)

Ce thème fût abordé et porté à l’extrême par René Barjavel dans son ouvrage « Ravages » (note: une critique saurait être notre fruit dans un avenir proche). Précisons cependant que sa rédaction étant préalable au constat formel global de l’épuisement terrestre, Barjavel a préféré l’hypothèse d’une disparition du phénomène électrique (physiquement absurde et dont les conséquences seraient bien pire que de simplement cesser de porter des trains!). Il y discute tout autant la dystopie et la réorganisation de la Société, basée entièrement sur l’électricité et l’électrification, toute singulièrement dérangeante qu’elle saurait être et bizarrement en train de nous rappeler une certaine année 2025 voyant l’avènement des mogus des empires technologiques goinfres à énergie (rappelons que Google ou encore Microsoft achètent et font relancer d’anciennes centrales nucléaires pour alimenter leurs capacités IA : calculs par les modèles et stockage des océans d’informations).

Comment pourrions-nous songer à tout ceci sans être, au moins l’espace d’un instant, traversé d’un frisson… électrisant ?

Histoire

La Monarchie de Juillet

Si vous avez de bons souvenirs, vous vous rappellerez que nous vous proposions de vous intéresser à la période de la Restauration (des Bourbons), en France. Les plus assidu.e.s et déterminé.e.s, auront ainsi appris dans les dernières pages du livre recommandé, que ce projet politique se clôtura par une tentative vaine, désespérée et colérique de Charles X de sauver son trône et d’en restaurer l’autorité absolue propre à l’Ancien Régime. Tout au long de la Restauration, la classe bourgeoise (en particulier les industriels) a vu ses richesses s’amonceler considérablement, alors même que le pouvoir, sous les instigations des Ultra-royalistes (et de Charles X, leur chef de facto), s’est toujours vu refuser un droit de vote étendu et équivalent aux nobles, notamment par des redécoupages successifs des circonscriptions et collègues et par un recalcul incessant des seuils du cens (ndlr: impôt à payer pour être en droit de voter) et même par une loi accordant un double vote aux plus aisés !

Louis-Phillipe Ier, Roi des français, representé avec une symbolique plus libérale et moins grandiloquante et passéistes que ses prédécesseurs. L’hermine bleue aux lys d’or n’est plus et se substitue par l’uniforme militaire, qui n’est pas sans rappeler un certain caporal corse… Plus fondamental encore, le nouveau roi pose avec la main sur La Charte.


Désireux de se débarrasser une fois pour toute de l’influence bourgeoise dans le système politique, c’est sous le coup de l’impatience (et d’une véritable médiocrité de calcul) que Charles X prononce la dissolution des Chambres en 1830. Alors qu’il espère obtenir un renforcement de son parti, c’est en réalité la chute du couperet qu’il provoquera sur sa gorge. La Chambre se retrouve dominée par son opposition, unissant libéraux (différentes formes de gauche), centristes non-gouvernementaux et… une partie des ultra-royalistes sous la houlette de Chateaubriand (frustré de son éviction malgré ses nombreux succès diplomatiques et stratégiques) ! Pris à son propre piège, le Roi décide alors de dissoudre une nouvelle fois les Chambres. Cette décision exhortera les parisiens à se saisir des armes et s’emparer des rues et précipitera les évènements en une courte révolution lors des 27, 28 et 29 juillet 1830. Charles X s’en sortira vivant, mais sera condamné à l’exil dans lequel il mourra du choléra à Görtz en Autriche (actuelle Gorizia en Italie). Son gouvernement sera fait prisonnier, mais ne subira pas la guillotine (ce qui causera un nouvel instant de fureur populaire en 1832).

Initialement, la monarchie « orléaniste » suscitera un vif et positif émoi tant parmi la population que les artiste, ainsi retrouve-t-on maintes attestations de scène de liesse populaire, d’exaltation de l’enthousiasme envers ce nouveau roi (qui n’est plus un Bourbon) et de vives expressions artistiques (Victor Hugo le portera en haute estime et en deviendra le confident), sensé incarner un nouvel élan monarchique. Partout à Paris, les gens se rassemblent pour le voir, on le fait appeler et rappeler au balcon, certains s’évanouissent et d’aucuns même, meurent écrasé par les élans d’enthousiasme. Il faut dire que Louis-Philippe, propulsé contre son avis sur le trône est présenté en partisan de la Révolution de 1789, comme un roi tourné vers son peuple et son évolution et on ne le qualifiera d’ailleurs pas de « Roi de France et de Navarre (par la grâce de Dieu) » mais sobrement de « Roi des français ». Il est particulièrement pris en affection par la Bourgeoisie, cette classe émergente et montante dans cette société succédant l’Empire hiérarchisé et l’Ancien Régime, absolutiste de droit divin. Il se montre comme un homme rangé, modéré, sincèrement religieux, éduqué, bon gestionnaire de ses richesses et ses affaires, en opposition à la débauche débilitante de la noblesse. La Charte (1814) est également révisée, bien que très sommairement. Elle propose désormais une réelle première transition dans la conception politique du pays: le Roi perd son pouvoir d’initiative sur les lois et les Chambres en deviennent les tenantes et il n’est plus le chef direct du gouvernement. Modestement, on l’appelle ainsi à s’effacer et à se cantonner à un rôle symbolique, de représentation (cela n’est pas sans rappeler la direction que prendra la Belgique quelques semaines plus tard). Le nouveau régime se veut la juste conciliation entre l’Empire et son organisation hiérarchique stricte et militaire et la Restauration et ses timides ouvertures citoyennes. On ne se veut plus tourner vers le passé, on s’érige en synthèse garantes des libertés et orientées vers l’avenir et les paix (intérieures et diplomatiques).

Malheureusement, rapidement, les masques tombent et ce qui se prétendait être une monarchie des libertés et de l’égalité se transformera en une brutale tentative de sauvegarde du privilège bourgeois. Finie la Garde Nationale (encore une fois…) destinée à protéger la paix civile et les droits du Peuple et place à une protection rapprochée du Roi et de la Nouvelle Charte. Acté le droit à la fusillade des attroupements populaires. Oubliée la promesse d’équité entre les citoyens, place à l’Absolue liberté économique peu importe ses conséquences. Et finalement, Louis-Philippe se révèle: obsédé de gestion et gouvernance comme son aïeul Louis XIV (avec qui il aime fréquemment vanter ses ressemblances). Il jouera de l’instabilité de ses gouvernements et de leurs dissolutions successives pour s’arroger un droit d’expression du pouvoir de circonstances, prendra également la plume anonymement pour défendre ses opinions ou vanter les bénéfices de son pouvoir (décembre 1838, « De la prérogative royale »). Stendhal en offrira une caricature dans son « Lucien Leuwen« .

Les revers s’enchainent et la rue recommence à gronder, pourtant… C’est un concours de circonstances va accorder la grâce à cette nouvelle gouvernance. Tous surviendront au cours ou aux environ de l’année 1832. D’abord il y a le choléra, qui ravage les villes et décime en particulier les quartiers populaires, accentuant la révolte mais limitant son action. Ensuite, il y a la tentative écourtée (l’information sera vendue au premier sens du terme) d’une contre-révolution, orchestrée par la Duchesse de Berry (mère du dernier prétendant Bourbon). Finalement, il y a la mort de Napoléon II, dit l’ « Aiglon », séquestré à Schönbrun (Autriche). En quelques mois, ce sont ainsi toutes les contre-voix qui s’éteignent.

« Résistance » et « Mouvement » : Conservateurs et Radicaux


Cette dichotomie socio-politique se matérialisera en un schisme politique. D’une part trouve-t-on « Les conservateurs » (on parlera aussi d’ « orléanistes », non sans un soupçon d’abus linguistique), regroupés sous l’appellation de « Parti de la Résistance » et selon qui la Révolution (de 1830) trouve une fin en l’avènement du nouveau Roi. Pour eux, ce n’était pas un appel à la refonte de la société « chartiste » et des institutions qui était sollicité par la Révolution, mais simplement le changement de sa représentation (Charles X étant devenu incompatible lorsqu’il eu l’audace de tenter le coup d’état). De l’autre, les réformistes et libéraux se fédèrent sous l’étiquette de « Parti du Mouvement », certains allant jusqu’à basculer dans la radicalité (voir l’illégalité), tout en reprenant l’idée des « clubs » comme lieu d’échange et de réflexion, point d’orgue de 1789.

Chaos politique, progrès technique et origines du Socialisme

Les gouvernements se succèderont et se transformeront au fil des blocages. On notera ponctuellement des insurrections, des conspirations, des rébellions ; mais là où elles émanaient de la noblesse ou de la haute bourgeoisie sous le régime de la Restauration (rappel: celui qui précéda la Monarchie de Juillet), on constate une transition des sources de l’agitation vers la bourgeoisie intellectuelle (Auguste Blanqui, Pierre-Joseph Proudhon, …), voir directement par la classe ouvrière (comme lors de la révolte des canuts. Les thèmes changent aussi: on réclame certes toujours le droit de vote pour tous et plus d’égalité entre les citoyens face à la Loi, mais les revendications se portent également de plus en plus vers la demande de dignité sociale, de meilleurs salaires, de moins de hiérarchie, … Revendications qui se heurtent face à un conservatisme toujours croissant au sein de la classe dirigeante. En réponse, les classes populaires se montrent de plus en plus combattives et les émeutes, les rébellions et… les grèves! Se succèdent ; souvent réprimées dans la violence. L’élite bourgeoise se voit grande favorisée des nombreuses innovations techniques (trains, navires à vapeurs, procédés de production industrielle, …). La production industrielle explose de 60% en 5 ans et la production agricole progresse de 37%. Les bourgeois, toujours plus riches en viennent à dépasser matériellement les nobles et anciens propriétaires fonciers. Alors, pour tenter de se faire accepter, ils valorisent la famille et l’origine de naissance, adoptent les codes moraux des nobles et s’évertuent dans l’expression de leur foi, s’achètent des domaines toujours plus grand provoquant ainsi une crise foncière, menant la Finance vers l’éclatement sous le coups d’investissement toujours plus spéculatifs et de banques archaïque se refusant à capter l’épargne civile. En bref, pour la bourgeoisie, tout roule si bien qu’on en joue un théatre de vie de mauvais goût et c’est d’ailleurs ce que Stendhal caricaturera dans son légendaire « Le Rouge & Le Noir ». Le phénomène est également géographiquement très disparate, dans les campagnes, ce sont les régions du nord, plates et fertiles qui gagnent pendant que le sud peine à se développer, dans les villes, c’est l’industrialisation et les grands travaux gouvernementaux qui comptent. Ceux-ci sont faramineux et vont se compter en un bon milliard de francs sur toute la durée du régime, on terrasse, perce des rues, défriches, assèche des marais, construit des chemins de fer et des canaux. Le régime va jusqu’à s’endetter massivement pour réaliser ces travaux et permettre le décollage de son économie à la traine face à ses voisins, depuis l’Empire. Mais dans le même temps, la condition des travailleurs ne va qu’en se dégradant (on travaille jusqu’à 14h par jour, adulte comme enfant, tous les jours de la semaine et pour un salaire journalier ridicule de 20 centimes de franc). Le choléra effectue plusieurs résurgences et décime, toujours, les quartiers populaires en premier. Les structures d’aides issues de l’Eglise, dégradées voir éliminées pendant la chute de la Restauration, ne parviennent plus à endiguer ce vaste phénomène de marasme social qualifié de « paupérisme ». C’est à cette même époque (et en partie sous ce même régime) qu’un certain Karl Marx développera la base de sa future « Théorie de la lutte des classes » et Auguste Blanqui prône même la révolution menant à la dictature socialiste. L’Art aussi se transforme, lentement, le Romantisme se tourne vers les souffrances des gens et lentement, le Réalisme (qui ne sera acté qu’en 1856) commence à s’esquisser. En 1846, la récolte annuelle est catastrophique et la disette est déclarée en 1847. Bourgeois autant qu’ouvriers sont frappés, les premiers car la Bourse s’effondre autant que l’Epargne, les seconds, car la faim les accables directement. Le Roi, sortant de ses gonds, se donne des accents toujours plus autoritaires, bien au-delà de ses prérogatives de représentation (actées dès les origines de la Révolution). Le pays plonge dans une crise diplomatique avec le Royaume-Uni. Le chômage explose (60% en 1847). Et pour ne rien arranger, le régime s’empêtre dans les scandales et la corruption. Les classes travailleuses, excédées, finissent par se soulever. Les ouvriers saccagent leurs usines, pendant que les paysans mènent des émeutes dans les campagnes. A Paris, les charpentiers en viennent même à se coordonner et se mutualiser: ils fondent la caisse de soutien des grêves ; l’ancêtre des syndicats est né !

En 1848, à l’occasion de son banquet annuel (22 février), le Roi est reçu par une troupe de soldats en fureur. Celui-ci abdique au profit de son fils mais en vain. Le 24 février, c’en est fini de la Monarchie française : la IIe République est proclamée et déjà… un étrange « Bonaparte » semble surgir des ombres et prendre rapidement en importance… Suscitant comme une étrange sensation de déjà-vu. Mais… Nous y reviendrons.

Conclusion

A ce stade, nul n’est besoin pour nous de vous souligner l’état de chaos, d’hésitation, de contestation, qu’a constitué le règne de Louis-Philippe Ier, premier et dernier « Roi des français ». Comprendre cette période, ne revient pas seulement à connaître l’Histoire de France, mais également de comprendre comment émerge le courant du Réalisme, comment se concrétisent l’Anarchisme et le Socialisme. Nous aurions tant eu de choses en plus à dire tant cette époque est d’une richesse si singulière ! En 18 années à peine, elle a vu la société se transformer tant politiquement, que socialement et hiérarchiquement, techniquement et financièrement, même artistiquement !

Lire sur la Monarchie de Juillet, c’est s’autoriser à se laisser emporter par les mêmes aspirations de liberté, de justice, d’égalité ; ce criant appel interne à la révolte, tout en prenant le risque de comprendre qu’il existerait bien des similitudes entre ces époques de fastes allant croissant grâce aux progrès techniques… et la nôtre. Étudier cette période, c’est réveiller l’âme exaltée, l’esprit romantique (littéralement), l’avidité de possibilités et d’équité, la soif de justice et la compassion pour les opprimé.e.s ; bref, c’est (r)éveiller l’humain ! Qui sommeille en nous.

A cette fin, nous vous recommandons l’excellent livre « La Monarchie de Juillet » de Hervé Robert, afin d’approfondir ce court, mais pourtant très riche épisode de l’Histoire de France (et d’Europe).


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